Tomates Célestes

Sculpture pour humains et insectes (2020)
métal, bois, peinture, vernis

inspirée dans sa forme par les techniques de moulage de fruits pratiquées en Asie, cette sculpture explore la porosité de la frontière entre nature et culture. La forme organique des branches et des feuilles contraste avec celle, mathématique et parfaite, des tomates moulées.
 
Le choix de la tomate n’est pas anodin. Jean-Baptiste Malet dans son ouvrage « L’empire de l’or rouge — Enquête mondiale sur la tomate d’industrie » relate l’enquête qu’il a mené sur le marché du concentré de tomate à travers le monde. Sujette à de nombreuses manipulations génétiques pour optimiser sa résistance et sa rapidité de croissance, la tomate est cultivée aujourd’hui dans la plupart des pays du monde. Elle incarne à elle seule les dérives de la mondialisation, notamment le fantasme moderniste d’adopter partout sur la planète le même mode de vie confortable et sécuritaire, et le triomphe d’une pensée exclusivement techniciste, où l’optimisation technique domine généralement sur les considérations culturelles et écologique.
 
La couleur choisie pour la sculpture parle également du processus de dénaturalisation en cours depuis les Lumières. En effet, le bleu est une couleur qui n’existe quasiment pas dans la nature. Selon certains scientifiques, cela est dû au fait que la vie s’est développée dans la mer. La couleur bleue étant le monopole de l’eau, la vie a donc dû se développer dans d’autres teintes, notamment le pigment vert de la chlorophylle. Par conséquent, les pigments bleus d’origine naturelle sont très rares, on les trouve par exemple en petite quantité dans certains minéraux comme le lapis-lazuli. Pour cette raison, le bleu en peinture a longtemps été considérée comme une couleur luxueuse, équivalente à la dorure à l’or fin.
 
A partir du XIXe siècle, on a réussi à créer des pigments de synthèse et le bleu est devenu une des couleurs les moins chères à produire, au point de devenir une des couleurs les plus utilisées dans les applications industrielles. Le bleu entretient donc un lien étroit avec la révolution industrielle, dont la mondialisation est l’aboutissement actuel. Le bleu utilisé est aussi un clin d’œil au bleu IKB mis au point par Yves Klein, où l’artiste a breveté une couleur résultant d’une recherche sur les liants en peinture en association avec le pigment bleu outremer, dans une démarche d’optimisation technique.

 
Ce projet est présenté à V’Ile Fertile dans le Jardin d’agronomie Tropicale, dans le cadre de Jardins Ouverts 2020 et sa présentation a été prolongée durant l’automne 2020.
 
Artiste :

Christian Delécluse

artisan métal :
Emmanuel Simon

producteur :

Julien Taïb (Crossed Lab)

co-producteurs :

Région Île de France, V’Île Fertile

assistant à la création :

Sandrine Gaulin, Victorien Pangaud

 

Remerciements :
Muriel Buff, Françoise Chassing et Jean-Paul Dubois, Vanessa Malembits, et tous les membres de l’association V’île Fertile, Hélène Thomas et toutes les personnes de la Région île de France à l’initiative du festival jardin ouvert, Anaëlle Saulnier de l’agence Façon de penser, Emmanuel Simon le principal artisan de la sculpture qui a su donner vie au métal, Pierre Bordeau, Martin Primitivo, Victorien Pangaud et Sandrine Gaulin qui ont participé à la concrétisation de cette oeuvre, sans oublier Julien Taïb et les membres de Crossed Lab.